Parution : Les organisations de défense face aux défis de l’IA

Généralement associées à l’imaginaire issu de la science-fiction, littéraire ou cinématographique, utopique ou dystopique, les technologies de l’intelligence artificielle ont investi ces vingt dernières années des domaines de plus en plus vastes de la vie des individus et des collectivités. Il n’est pas un secteur qui, aujourd’hui, ne soit influencé, affecté, normé ou administré par l’IA et ses algorithmes avancés. Les forces armées, à l’image des sociétés qu’elles servent, n’échappent pas à cette tendance. Désormais, les technologies de l’intelligence artificielle, appuyées par des algorithmes complexes et la multitude des données provenant de l’emploi fait des réseaux numériques les plus diversifiés, ont étendu leur emprise – et peut-être même leur empire – sur presque tous les aspects de la vie humaine. La guerre en fait partie et certains se demandent déjà si elle demeurera une dialectique de volontés humaines.

L’intelligence artificielle, qui se situe d’ores et déjà au cœur d’une course technologique réelle, s’apprête à bouleverser tant les processus de décision politique que les modes d’action militaire des forces armées. Comme chaque révolution technique, celle de l’IA participera à l’émergence de nouveaux acteurs et la relégation d’anciens, quand il ne s’agira pas purement et simplement de leur effacement. Qu’elles en maîtrisent les applications ou qu’elles en subissent les effets, les organisations de défense de demain connaîtront des transformations sans précédent. Entre « Singularité », « hyperguerres », « guerres algorithmiques », « systèmes d’armes autonomes », « cryptographie quantique », « flash wars » et « IApocalypses », les concepts, les perspectives et les scénarios s’entrechoquent et laissent entrevoir un futur incertain. Bienvenue dans l’ère stratégique de l’intelligence artificielle.

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Lignes de recherche : Développements technologiques en matière de défense

Image Gerd Altmann – Pixabay

La dinde et l’aigle : pour comprendre les enjeux du NGAD

La séquence était prévisible. Face à la décision du précédent gouvernement belge d’acquérir des avions de combat américains F-35 Lightning II pour un montant total de 3,8 milliards d’euros, les partis de l’actuelle opposition ont renouvelé l’expression de leur désaccord avec ce choix. À l’appui du mécontentement largement exprimé par le député humaniste George Dallemagne figurent des inquiétudes louables portant sur la question de savoir si, comme cela a été suggéré, les Etats-Unis « nous avait vendu une dinde pour financer leur aigle ».

Sans doute convient-il de préciser les éléments à l’appui de la sortie des partis d’opposition. Dans le courant du dernier été, l’U.S. Air Force a procédé à la conduite d’une campagne d’essais d’un démonstrateur technologique dans le cadre du programme Next-Generation Air Dominance (NGAD). Il ressort des analyses de la presse spécialisée que plusieurs indices permettent de supposer que l’entreprise Lockheed Martin, maître d’œuvre du programme F-35, soit également en charge du volet industriel du programme NGAD. La Belgique, à l’instar d’autres acquéreurs du F-35 auraient-ils été les victimes d’une supercherie ? En d’autres termes, les Etats-Unis et Lockheed Martin emploieraient les retombées financières des ventes à l’exportation de leur dernier intercepteur afin de budgétiser le développement d’un avion de combat dit de « sixième génération » qui surpasserait les capacités du F-35. La réalité est tout à la fois différente et plus complexe.

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