La dinde et l’aigle : pour comprendre les enjeux du NGAD

La séquence était prévisible. Face à la décision du précédent gouvernement belge d’acquérir des avions de combat américains F-35 Lightning II pour un montant total de 3,8 milliards d’euros, les partis de l’actuelle opposition ont renouvelé l’expression de leur désaccord avec ce choix. À l’appui du mécontentement largement exprimé par le député humaniste George Dallemagne figurent des inquiétudes louables portant sur la question de savoir si, comme cela a été suggéré, les Etats-Unis « nous avait vendu une dinde pour financer leur aigle ».

Sans doute convient-il de préciser les éléments à l’appui de la sortie des partis d’opposition. Dans le courant du dernier été, l’U.S. Air Force a procédé à la conduite d’une campagne d’essais d’un démonstrateur technologique dans le cadre du programme Next-Generation Air Dominance (NGAD). Il ressort des analyses de la presse spécialisée que plusieurs indices permettent de supposer que l’entreprise Lockheed Martin, maître d’œuvre du programme F-35, soit également en charge du volet industriel du programme NGAD. La Belgique, à l’instar d’autres acquéreurs du F-35 auraient-ils été les victimes d’une supercherie ? En d’autres termes, les Etats-Unis et Lockheed Martin emploieraient les retombées financières des ventes à l’exportation de leur dernier intercepteur afin de budgétiser le développement d’un avion de combat dit de « sixième génération » qui surpasserait les capacités du F-35. La réalité est tout à la fois différente et plus complexe.

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Les faux-semblants du nouvel entreprenariat spatial

Les astronautes de la NASA Bob Behnken, à gauche, et Doug Hurley, à droite arborant les combinaisons développées par SpaceX.

« Hello everyone, my name’s Elon Musk. I am the founder of SpaceX. In five years, you will be dead! » C’est en ces termes provocateurs, en mars 2006, lors du salon Satellite de Washington D.C., une sorte de grand-messe annuelle de l’industrie spatiale aux Etats-Unis, que le jeune milliardaire s’adressa à l’ensemble de son audience. Plus de quatorze ans plus tard, il serait tentant d’affirmer que SpaceX, fondée en 2002, a remporté son pari et que les rires provoqués par son entrée en scène de l’époque ont désormais cédé la place à des sueurs froides parmi les responsables des groupes historiques du spatial, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Une telle affirmation reviendrait à aller un peu vite en besogne. La réalité est quelque peu plus complexe et nuancée.

Tout d’abord, un rappel des fondamentaux s’impose. Le secteur spatial ne peut être correctement appréhendé si l’on omet de faire référence aux notions de puissance et de rang. Le spatial, lieu d’expression du génie scientifique et des prouesses technologiques humaines, s’inscrit aussi dans une bataille d’images entre des nations rivales et leurs entreprises. La couverture médiatique exceptionnelle dont a bénéficié l’arrimage de la capsule Crew Dragon à l’ISS en est une illustration parfaite. Elon Musk, le fondateur et président de SpaceX, société conceptrice du vaisseau ayant emmené à son bord les astronautes Robert Behnken et Douglas Hurley sait à quel point le spatial se doit avant tout de mobiliser des symboles et de raconter une histoire, essentiellement à l’adresse d’une Amérique qui a un temps perdu fois dans sa capacité à éblouir. Le Président Donald Trump a lui aussi perçu tout le potentiel de communication que recelait cette réussite en affirmant que c’était là un des exploits dont l’Amérique seule semblait capable. Et d’ajouter que les prochains rendez-vous des Etats-Unis dans l’espace seront la lune et Mars. La réussite de SpaceX a de la même façon enflammé la plupart des médias, généralistes et spécialisés. On ne dénombrait plus le nombre d’éditorialistes tombant en pamoison devant le type d’entreprise développé par Elon Musk, tous convaincus de voir en SpaceX l’avenir du spatial et la fin d’un modèle lié à l’ancien monde. Qu’en est-il réellement ?

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SCAF : un condensé des vicissitudes européennes?

Les difficultés rencontrées ainsi que les nombreux échecs essuyés par les multiples tentatives de consolidation du marché européen de l’armement ont été au coeur d’une multitude de rapports d’étude et de travaux dans le domaine des sciences politiques et sociales. Ceux-ci ont tenté de discerner les divers facteurs, liés pour la plupart aux particularismes vivaces des nations européennes, qui ont fait échouer les diverses initiatives lancées en vue de renforcer la coopération des États de l’Union européenne en matière de production et d’acquisition de biens de défense. On ne manquera pas, du reste, de souligner les apports des théories socialesconstructivistes qui ont mis en évidence les résistances culturelles (propres aux entreprises, bureaux d’études, organisations) aux perspectives de coopération dans un secteur de production de biens, il est vrai, des plus spécifiques. Le Système de combat aérien du futur (SCAF) devait traduire la capacité de ses deux principaux partenaires, l’Allemagne et la France, à dépasser les préférences nationales pour aboutir, d’ici 2026, au lancement d’un démonstrateur technologique commun devant explorer les technologies qui équiperont le futur avion de combat européen.

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L’OTAN et la supériorité technologique américaine :un risque pour la solidarité euro-atlantique ?

Il est aujourd’hui un truisme de dire que l’OTAN traverse une période de crise. En dépit des transformations dont elle fut l’objet afin de répondre aux nouveaux enjeux de sécurité apparus depuis la chute du Mur de Berlin et la dissolution de l’Union soviétique, des interrogations légitimes sont exprimées à l’endroit de sa plus-value dans une architecture européenne de sécurité qui, admettons-le, a depuis toujours été dépourvue d’architecte européen. À ces interrogations se sont greffées des fissures entre les membres européens de l’OTAN à propos des buts devant être assignés à celle-ci. Ces questions ont pris une toute autre dimension depuis l’avènement de Donald Trump à la Présidence des États-Unis. Assiste-t-on à un retour de la défense territoriale et à un abandon de la projection de force ? Quel type de leadership s’exerce au sein de l’Alliance atlantique ? Quelles sont les priorités de l’Alliance? Telles sont là quelques-unes des nombreuses interrogations que soulèvent les récentes déclarations du Président américain à l’endroit de la perpétuité de l’Alliance.

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